Prix Nobel de la paix : Santos pour sauver le processus de paix en Colombie

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Alors qu’il y’a quelques jours, le peuple colombien rejetait par une courte majorité l’accord de paix signé le 26 septembre 2016 entre le gouvernement colombien et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), le prix Nobel de la paix a été décerné ce 7 octobre 2016 au président Juan Manuel Santos. Pour le comité Nobel d’Oslo ce prix vient récompensé le président « pour sa détermination à mettre fin à une guerre civile de plus de 50 ans dans son pays, la Colombie »[i]Ainsi, Santos devient le quinzième président de la République « nobélisé » par ce prix. Pourtant, suite au rejet de l’accord par le peuple colombien la mise en oeuvre de la paix dans le pays semble bel et bien remise en question, du moins à court terme.

Le conflit armé colombien qui a opposé le gouvernement et la guérilla des FARC entre 1958 et 2012, a fait 220 000 morts, 7 millions de déplacés internes et des milliers de disparitions inexpliquées. Aujourd’hui des chiffres non officiels estiment le nombre de morts à plus de 260000 personnes.

Ancien ministre de la défense du président Uribe, Santos est « l‘incarnation de l’offensive militaire meurtrière contre la guérilla« [ii]. Pourtant, quelques années plus tard, c’est bien avec son magistère que de véritables négociations pour la paix ont lieu. Il est à l’initiative des premières démarches encourageant l’ouverture des négociations qui se sont tenues dans un premier temps en Norvège puis à la Havane ou a été signé l’accord du 26 septembre 2016. Cet accord prévoit notamment pour les 7000 à 10000 guérilleros encore actifs une démobilisation totale, le désarmement, la possibilité de se réinsérer dans la société ainsi que de se constituer en véritable parti politique. Pour les FARCS, l’enjeu était bel et bien de mettre au point les détails d’une paix sans vainqueurs ni vaincus où aucun d’entre eux ne devaient passer par la case prison pour les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis au cours du conflit.

Quelques jours avant la victoire du « non » au référendum la Colombie s’était pourtant offert une fête pour la paix, avec des chefs d’Etats étrangers, des guérilléros et des officiers supérieurs des trois armes et de la police, tous de blanc vêtus. Une fête réunissant les victimes et les bourreaux au nom d’une « réconciliation nationale » encore fragile. Selon Human Rights Watch, les chefs des FARC et les généraux de l’armée accusés de crimes imprescriptibles pourraient, avec l’accord de paix, échapper à de véritables sanctions. Certains chefs de la guérilla pourraient même siéger au Congrès. Mais face au résultat du référendum il semble qu’une courte majorité de la population colombienne reste opposée à l’idée que leurs bourreaux puissent jouir d’une amnistie totale.

« Je ne me rendrai pas et continuerai à rechercher la paix ».

Tels sont les mots du président Santos après que le peuple colombien ait rejeté l’accord de paix signé avec les FARC. Le Comité Nobel norvégien s’illustre ainsi comme un soutien du gouvernement colombien, auquel il souhaite envoyer, par l’attribution de ce prix, un message d’encouragement et de persévérance.

Cette récompense peut laisser présager des jours meilleurs pour le processus de paix au lendemain de la désillusion du référendum. D’autant plus que l’ancien président Uribe, chef de file de l’opposition, a par ailleurs décidé de coopérer et de s’assurer de la bonne marche des négociations de paix. Il promeut l’introduction de nouvelles propositions et des ajustements pour arriver à un nouvel accord.

Cependant les mesures demandées par Uribe, si elles ne sont pas clairement identifiées et formulées pour le moment, seront certainement plus sévères et moins acceptables par les FARC que les mesures préconisées par l’accord signé en septembre. Le président Santos devra donc trouver le juste milieu entre les attentes du peuple colombien et les exigences de la guérilla FARC. Ce prix Nobel est un éclairci mais le chemin vers un processus de paix durable est encore long et semé d’embuches.

Souleymane Gaye et Canelle Beuze

 

Bibliographie

« Colombie: Santos et Uribe tentent de sauver l’accord de paix avec les FARC« , France 24, 6 octobre 2016, accessible sur:

http://www.france24.com/fr/20161006-juan-manuel-santos-alvaro-uribe-accord-paix-farc-guerilla-referendum

« Prix Nobel de la paix: le président colombien Juan Manuel Santos couronné« , Le Parisien, 7 octobre 2016, accessible sur:

http://www.leparisien.fr/societe/prix-nobel-de-la-paix-le-president-colombien-juan-manuel-santos-couronne-07-10-2016-6183351.php

Guillaume Lasconjarias, « Colombie: la longue marche vers la paix?« , Politique étrangère, Automne 2016, Cairn info, accessible sur:

https://www.cairn.info/article.php?ID_ARTICLE=PE_163_0037&DocId=502914&hits=3296+3295+3294+65+64+63+

Marie Delcas, « Accord de paix avec les FARC: la Colombie dans l’incertitude après le « non » au référendum », Le Monde, 3 octobre 2016, accessible sur:

http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2016/10/03/la-colombie-est-plongee-dans-l-incertitude-par-la-victoire-du-non-au-referendum_5007190_3222.html

 

 

[i] « Colombie. Juan Manuel Santos, Pix Nobel de la paix malgré tout », Le Courrier International, 7 octobre 2016, accessible sur: http://www.courrierinternational.com/dessin/colombie-juan-manuel-santos-prix-nobel-de-la-paix-malgre-tout.

[ii]  Paulo A. Paranagua, « Prix Nobel: Juan Manuel Santos, seigneur de guerre et homme de paix », Le Monde, 7 octobre 2016, accessible sur:   http://www.lemonde.fr/prix-nobel/article/2016/10/07/juan-manuel-santos-seigneur-de-guerre-et-homme-de-paix_5009934_1772031.html

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Junior conseil du Master 2 Diplomatie et négociations stratégiques